Le cancer du sein agressif, notamment le cancer du sein triple négatif et certaines formes RH+ HER2- à haut risque, reste difficile à traiter malgré les progrès de la chirurgie, de la chimiothérapie et de la radiothérapie. L’immunothérapie par Nivolumab, un inhibiteur de point de contrôle immunitaire, ouvre aujourd’hui de nouvelles perspectives, en particulier dans les essais cliniques récents.
Comment agit l’immunothérapie par Nivolumab dans le cancer du sein ?
Le Nivolumab est un anticorps monoclonal qui appartient à la famille des inhibiteurs de points de contrôle immunitaires. Son action repose sur le blocage du récepteur PD-1 qui se situe à la surface des lymphocytes T et qui agit sur la défense immunitaire.
En temps normal, ce récepteur se lie à PD-L1 et PD-L2, qui sont souvent exprimés par les cellules tumorales et leur environnement. Ce contact envoie un signal d’arrêt aux lymphocytes T, qui cessent alors d’attaquer la tumeur. Ce mécanisme de « frein » immunitaire est détourné par le cancer pour échapper au système immunitaire.
Le Nivolumab interrompt cette interaction et redonne aux lymphocytes T leur capacité à reconnaître et à détruire les cellules cancéreuses. En réactivant la réponse immunitaire, il transforme certaines tumeurs dites « froides » (peu visibles pour les défenses de l’organisme) en tumeurs immunogéniques, c’est-à-dire sensibles à une réponse immunitaire.
Cette stratégie est particulièrement intéressante dans le cancer du sein triple négatif, une forme agressive qui présente souvent une surexpression de PD-L1 et une forte infiltration par des lymphocytes immunitaires (TILs).
À savoir
Dans certains cancers du sein, notamment les formes triples négatives, la présence de nombreux TILs et d’une forte expression de PD-L1 est un indicateur favorable de réponse au Nivolumab et aux autres inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.
Le Nivolumab (OPDIVO) peut-il traiter le cancer du sein ?
Le Nivolumab n’est pas encore un traitement standard du cancer du sein. Ses principales indications concernent aujourd’hui surtout le mélanome, le cancer du poumon non à petites cellules, le rein, la vessie ou encore l’œsophage (Vidal).
Cependant, plusieurs travaux récents montrent l’intérêt du Nivolumab dans certains cancers du sein agressifs. Dans le cancer du sein triple négatif, il a été observé que le Nivolumab, utilisé seul ou associé à l’Ipilimumab, pouvait entraîner des réponses complètes avant même l’administration de chimiothérapie.
Concernant les cancers ER+ HER2- à haut risque, l’essai CheckMate 7FL a montré que l’ajout du Nivolumab à une chimiothérapie néoadjuvante augmentait de façon nette le taux de réponse complète pathologique (pCR), un marqueur de bon pronostic.
Ces données laissent penser que ce traitement pourrait trouver une place durable dans la prise en charge de sous-types de cancer du sein au pronostic défavorable.
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À savoir
Des patientes atteintes de cancer du sein triple négatif avec forte infiltration immunitaire ont eu une disparition complète de la tumeur après une immunothérapie par Nivolumab (seul ou avec Ipilimumab), avant toute chimiothérapie (NKI 2024).
Nivolumab pour cancer du sein agressif : les protocoles possibles
Les protocoles avec Nivolumab sont encore essentiellement étudiés en essais cliniques. Ils varient selon le type de cancer du sein et la patiente :
- Avant la chirurgie (néoadjuvant) : le Nivolumab est administré seul ou avec l’Ipilimumab (anti-CTLA-4) quelques semaines avant une chimiothérapie dans le but de réduire la tumeur ou d’induire une réponse complète pathologique.
- Avec la chimiothérapie : dans les cancers ER+ HER2- à haut risque, l’ajout du Nivolumab aux anthracyclines et taxanes augmente les taux de pCR.
- Avec d’autres immunothérapies : des combinaisons sont testées avec l’Ipilimumab ou avec la radiothérapie qui peut renforcer l’effet immunologique à distance.
Par ailleurs de nouvelles combinaisons de traitement sont testées, comme l’association du Nivolumab avec des anticorps conjugués (ADC) ou avec des vaccins anticancer (BMC Experimental Hematology and Oncology, 2025). L’équipe de l’Institut du Sein Henri Hartmann s’assure de proposer les stratégies les plus récentes quand leur efficacité sera confirmée.
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Quels sont les effets secondaires possibles du Nivolumab (OPDIVO) ?
Le Nivolumab, comme les autres inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, peut entraîner des réactions liées à l’activation excessive du système immunitaire. Les patientes rapportent le plus souvent une fatigue persistante, des troubles digestifs (diarrhée, colite), ou des manifestations cutanées comme un rash ou des démangeaisons. Des atteintes endocriniennes sont également possibles, en particulier au niveau de la thyroïde, ainsi que des complications plus rares comme une pneumopathie inflammatoire.
La majorité de ces effets indésirables peuvent être bien contrôlés grâce à un arrêt temporaire du traitement et à l’administration de corticostéroïdes. Néanmoins, lorsque les réactions sont sévères, l’arrêt définitif de l’immunothérapie peut être nécessaire.
Questions fréquentes sur l’Immunothérapie par Nivolumab et le cancer du sein
Le Nivolumab est-il disponible en France pour le cancer du sein ?
Il n’est pas encore disponible de manière généralisée. Il est accessible uniquement dans le cadre d’essais cliniques.
Quelle est la différence entre Nivolumab et Pembrolizumab ?
Les deux sont des inhibiteurs de PD-1. Le Pembrolizumab est déjà approuvé dans certains cancers du sein triple négatif, tandis que le Nivolumab reste en phase d’évaluation.
Quels cancers du sein répondent le mieux au Nivolumab ?
Les cancers triples négatifs qui présentent une forte infiltration lymphocytaire (TILs) et certaines tumeurs classées RH+ HER2- à haut risque sont ceux qui ont une réponse plus marquée.
Le Nivolumab peut-il remplacer la chimiothérapie dans le cancer du sein ?
Dans certains essais, des patientes atteintes de cancer du sein triple négatif ont répondu au Nivolumab sans chimiothérapie préalable. Mais il ne s’agit pas encore d’un traitement standard. Toutefois on l’évalue surtout en association à la chimiothérapie ou à d’autres immunothérapies. Pour l’instant, son usage reste limité aux essais cliniques et ne fait pas partie des traitements standards.
