Chaque année en France, des millions de frottis sont réalisés et mettent au jour des dizaines de milliers de lésions précancéreuses du col. On estime qu’environ 150 000 anomalies cytologiques sont détectées, dont près de 50 000 lésions de haut grade (CIN2–CIN3), ainsi que quelques milliers de cancers.
Le papillomavirus humain (HPV) est extrêmement courant, et les spécialistes évaluent qu’environ 80 % des personnes sexuellement actives y seront exposées au moins une fois dans leur vie.
Selon le grade, l’évolution diffère. Les dysplasies légères (CIN1) régressent spontanément dans 50 à 70 % des cas en 12 à 24 mois. Les lésions de haut grade (CIN3) régressent beaucoup moins souvent (environ 15 à 30 %) et, non traitées, exposent à un risque d’évolution vers un cancer invasif de l’ordre de 10 % à 10 ans. À l’inverse, la progression vers un cancer à partir d’un CIN1 reste faible, autour de 1 %.
Les génotypes 16 et 18 du HPV sont à l’origine d’environ 70 % des cancers du col de l’utérus.
En prévention, le message est clair : La vaccination anti-HPV est un véritable rempart. Administrée avant le début de la vie sexuelle, elle empêche la grande majorité des infections (plus de 90%) par les types oncogènes visés et fait chuter nettement la survenue de lésions précancéreuses. Le préservatif reste recommandé pour les IST, mais il ne protège que partiellement du HPV, transmis aussi par contact peau-à-peau.
Qu’est-ce que la dysplasie du col de l’utérus ?
La dysplasie du col de l’utérus correspond à des anomalies des cellules de l’épithélium cervical, la partie basse de l’utérus qui s’ouvre sur le vagin. Elle est presque toujours liée à une infection par un papillomavirus humain (HPV), parfois acquise plusieurs années auparavant.
Dans la majorité des cas, l’infection HPV disparaît spontanément en un à deux ans. Chez certaines personnes, elle peut toutefois entraîner l’apparition de lésions intraépithéliales malpighiennes (LIE) sur la muqueuse du col :
- LIE de bas grade (CIN1), le plus souvent transitoires, et
- LIE de haut grade (CIN2–CIN3), considérées comme lésions précancéreuses et nécessitant une prise en charge.
Différence entre dysplasie cervicale et cancer du col de l’utérus
La dysplasie cervicale correspond à des anomalies cellulaires limitées à l’épithélium du col de l’utérus. La membrane basale n’est pas franchie. La cause la plus fréquente est une infection persistante par un HPV à haut risque. Les lésions de bas grade régressent souvent spontanément. Les lésions de haut grade CIN2–CIN3 ont un potentiel précancéreux et demandent une surveillance et ou un traitement.
Le cancer du col utérin apparaît lorsque les cellules anormales traversent la membrane basale et infiltrent le stroma. On parle alors de carcinome invasif. Les cellules peuvent envahir les tissus voisins. Dans les formes avancées, elles gagnent les ganglions lymphatiques puis donnent des métastases.
Le dépistage régulier et la vaccination contre le HPV réduisent fortement le risque de progression jusqu’au cancer.
HPV et dysplasie du col de l’utérus
Le papillomavirus humain est une IST très courante. La majorité des infections génitales disparaissent en un à deux ans sans traitement. Quand le virus persiste, le risque de dysplasie cervicale augmente, et à long terme celui de cancer si les lésions ne sont pas prises en charge.
Facteurs qui favorisent la persistance du HPV
- Défenses immunitaires diminuées : infection par le VIH ou traitements immunosuppresseurs,
- Tabagisme : réponse immunitaire locale affaiblie,
- Infections génitales concomitantes : chlamydia, herpès et autres sources d’inflammation,
- Contraception orale au long cours : association modeste discutée, le risque baisse après l’arrêt,
- Exposition accrue au virus : multiplicité des partenaires, rapports précoces,
- Col en maturation chez l’adolescente : muqueuse plus vulnérable au HPV.
Ce qu’il faut retenir : La plupart des infections s’éliminent spontanément. Le dépistage régulier et la vaccination HPV réduisent fortement le risque de lésions persistantes et de progression.
Les grades de dysplasie du col utérin
On utilise deux systèmes de classement.
- La classification CIN décrit le degré d’atteinte de l’épithélium au microscope,
- La classification Bethesda décrit le résultat du frottis en LSIL pour bas grade et HSIL pour haut grade.
En pratique, HSIL regroupe le plus souvent CIN2 et CIN3. Bethesda ne sépare pas ces deux niveaux.
Consultez également notre article sur l’espérance de vie en fonction du grade du cancer du col de l’utérus
CIN1 ou LSIL
Anomalies de bas grade limitées aux couches superficielles de l’épithélium. Aucun symptôme attendu. Guérison spontanée fréquente avec simple surveillance.
CIN2 ou HSIL
Atteinte intermédiaire correspondant à une implication d’environ la moitié à deux tiers de l’épithélium. Lésion précancéreuse avec risque plus élevé que CIN1. Prise en charge spécialisée nécessaire. Selon l’âge et le contexte, traitement ou surveillance rapprochée.
CIN3 ou HSIL
Atteinte de haut grade intéressant toute l’épaisseur de l’épithélium. Lésions dites carcinome in situ. Pas d’invasion des tissus sous-jacents. Traitement recommandé pour prévenir l’évolution vers un cancer invasif.
Comment évolue une dysplasie du col utérin ?
Une dysplasie cervicale peut suivre trois trajectoires. Elle peut régresser lorsque le système immunitaire élimine l’infection HPV et les cellules anormales. Elle peut persister sans s’aggraver, quel que soit le grade. Elle peut progresser vers une lésion de plus haut grade et, si elle n’est pas prise en charge, évoluer jusqu’à un cancer invasif sur plusieurs années.
Chiffres de progression d’une dysplasie du col utérin selon le grade
- CIN1 régression 57 %, persistance 32 %, progression 11 % avec un risque de cancer invasif inférieur à 1 %
- CIN2 régression 43 %, persistance 35 %, progression 22 % dont environ 5 % évoluent vers un cancer
- CIN3 régression 32 %, persistance 56 %, progression 12 % correspondant à une évolution vers un cancer invasif
Le suivi régulier et la prise en charge adaptée limitent fortement le risque de progression. La vaccination HPV en amont réduit nettement la probabilité d’atteindre ces stades.
Le diagnostic d’une dysplasie cervicale de col de l’utérus
L’infection par le HPV ne donne pas de symptômes. Le dépistage repose sur des examens du col et des cellules cervicales.
Deux tests de dépistage en France
Le frottis repère des anomalies cellulaires compatibles avec une infection par le HPV.
Le test HPV à haut risque détecte l’ADN de virus oncogènes dans les cellules du col. Selon l’âge et les recommandations, il peut être utilisé en première intention ou après un frottis.
Colposcopie et biopsie
Si le frottis ou le test HPV sont anormaux, une colposcopie est proposée pour examiner le col de près. En cas de zone suspecte, une biopsie du col de l’utérus est réalisée afin de préciser la nature et le grade de la lésion.
Les traitements de la dysplasie cervicale
Le laser
Le laser permet de brûler les cellules qui pourraient évoluer vers un cancer. Les lésions précancéreuses sont vaporisées, sans qu’aucune partie de tissu ne soit retirée. La cicatrisation du col utérin prend environ 1 mois. Le médecin effectue ensuite une surveillance rapprochée. Il vérifie l’absence du virus en réalisant un frottis et un test HPV tous les 6 mois.
Cette intervention peut entraîner des saignements vaginaux dans les 2 à 4 semaines suivantes. Après l’opération, il est recommandé d’éviter les rapports sexuels et la pratique de sport intense jusqu’à la cicatrisation complète du col. Pour information, ce traitement ne compromet en rien la fertilité de la personne opérée.
La conisation
La conisation est une intervention chirurgicale qui consiste à retirer la partie du col qui présente un risque. Pour être plus précis, le chirurgien enlève un fragment de col, en forme de cône. Il s’étend de l’endocol, la partie interne du col, à l’exocol, sa surface externe.
Après l’intervention, de légères pertes brunâtres ou saignements peuvent subsister durant 2 à 3 semaines. Le chirurgien conseille à sa patiente d’éviter les rapports sexuels dans les 4 semaines qui suivent. En cas de grossesse, la surveillance doit être renforcée car la conisation augmente légèrement le risque d’accouchement prématuré, mais la grossesse se déroule le plus souvent normalement.
Les moyens de prévention de la dysplasie du col de l’utérus
Le dépistage et la surveillance gynécologique
L’infection au HPV étant asymptomatique, le suivi gynécologique est la seule clé pour détecter une dysplasie du col de l’utérus. Le gynécologue effectue un frottis ou un test HPV selon les modalités suivantes :
- Entre 25 et 29 ans, les patientes ont 2 premiers frottis à moins d’un an d’intervalle. Lorsque les 2 tests sont négatifs, l’examen est réalisé tous les 3 ans.
- Pour les femmes entre 30 à 65 ans, c’est le test HPV-HR qui est privilégié. Il est effectué tous les 5 ans.
L’usage du préservatif lors de chaque rapport sexuel
L’utilisation de préservatifs permet de réduire de façon significative le risque de contamination HPV, et donc de dysplasie cervicale de l’utérus. Toutefois, l’infection reste possible, car un simple contact cutané des zones génitales suffit à transmettre le virus HPV.
La vaccination contre le HPV
La vaccination contre le HPV est recommandée chez les adolescents entre 11 et 19 ans. Elle est aussi conseillée chez toutes les personnes de moins de 26 ans qui n’ont pas encore été vaccinées.
Ce vaccin protège, en effet, contre les 2 types de virus responsables de 70 % des cancers invasifs du col.
Attention, la vaccination ne remplace pas le dépistage régulier.
La dysplasie du col de l’utérus reste une pathologie qui peut évoluer vers une atteinte cancéreuse. Le dépistage et le suivi gynécologique régulier sont aujourd’hui les seuls moyens pour protéger votre santé de façon efficace.
